Sélection de publications

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La révolte chilienne (octobre-novembre 2019), Cités (n° 83), 2020

Si l’on peut parler d’événement historique à l’occasion des mouvements de révolte inaugurés par le Chili à partir du 18 octobre 2019, c’est au sens où rien ne pouvait laisser deviner que la décision concertée de la part de lycéens de la capitale de frauder et de refuser de payer le ticket de métro pour protester contre l’augmentation de son prix allait entraîner un mois plus tard une seconde décision autrement plus radicale : celle de la majorité des partis politiques chiliens de soumettre au suffrage universel non seulement la possibilité d’opter pour un changement de Constitution mais également celle de choisir le processus électoral présidant à ce changement. C’est la logique de ce moment historique, inouï et encore en cours, que nous restituons dans cet article.

La proposition de vivre de Xavier Dolan, Esprit, 2020

En dépit de la jeunesse du réalisateur, l’œuvre de Dolan est déjà considérable, avec huit films à son actif. Quand bien même on doive reconnaître la singularité de chacun d’entre eux, preuve de l’originalité du cinéaste, il semble pourtant que son œuvre procède d’une même préoccupation fondamentale : amener au visible ce que Merleau-Ponty appelait « la proposition de vivre » en tant qu’elle se déploie sous la forme d’un espace d’intimité. Le cinéma de Dolan parvient à faire venir au jour ce que la vie quotidienne, et peut-être encore davantage l’organisation sociale moderne (capitaliste), tend paradoxalement à occulter, à savoir la constitution des relations intimes. Ainsi, son cinéma est un cinéma de la confidence, de la foi partagée en un monde commun où chacun réussit (ou non) à advenir à lui-même pour ce qu’il est grâce à un processus de reconnaissance réciproque. C’est la description de ces vies, comprises sur le mode de « la proposition », de cette intimité intersubjective problématique et des moyens cinématographiques utilisés pour en rendre compte que cet article prend pour objet.

La différence phénoménologique selon Barbaras et Marion. (Projet, méthode et ligne de tension), Trans/form/ação, volume 43, numero 3, 2020

Il nous semble que c’est une prétention commune à rendre compte de la différence phénoménologique comme telle, sans la rabattre sur les différences métaphysique, “épistémologique” et ontologique, qui permet de rapprocher les philosophies de Jean-Luc Marion et de Renaud Barbaras. C’est ce que nous montrons dans cet article en adoptant une méthode phénoménologique qui se heurte aux limites de la phénoménologie traditionnelle. Dans les deux cas, il s’agirait de rendre compte du mouvement grâce auquel la manifestation comme telle, ou en soi, nous advient et par laquelle nous advenons à nous-mêmes en montrant le monde et en nous découvrant à nous-mêmes à cette occasion.

La réalisation de soi au prisme de la philosophie de la nature de Naess, Alter n°26, 2018

Par-delà l’alternative d’une écologie enfermée dans des recommandations techniques, qui n’ont ni force motivante ni légitimité prescriptive, et d’une morale environnementale qui prétendrait commander aux volontés par le moyen d’obligations strictes faisant frein au déchaînement des égoïsmes, Naess prétend définir une troisième voie apte à surmonter les périls d’une vision simplement scientifique et technique de la nature. Mais la promotion d’une conception écologique de la subjectivité suppose une nouvelle ontologie de la nature que le philosophe norvégien s’attache à établir en relativisant la position objectiviste. C’est cette ontologie et cette éthique de la réalisation écologique de soi dont nous présentons dans cet article les difficultés internes et les coordonnées principales.

De la communauté biotique à la Terre : fonder le devoir écologique dans un horizon jonassien, Revue de Métaphysique et de Morale, Paris, PUF, n° 1, 2016

C’est au moins un triple problème que l’éthique environnementale doit affronter en vue de sa constitution. Il s’agit, en premier lieu, de comprendre comment nous pouvons construire un accès à la notion de « communauté biotique », en second lieu, de savoir quel sens d’être il faut lui accorder, et enfin à quelles conditions on peut considérer qu’il s’agit là d’un objet doté de valeur. La réponse à cette triple interrogation, épistémologico-ontologique et axiologique, est la condition pour penser un devoir écologique. Dans ce but nous souhaitons montrer que les héritiers de Leopold, Callicott et Rolston se heurtent à une aporie qu’ils ne dépassent pas. Or la question du changement climatique, en particulier telle qu’elle est abordée dans le dernier état de la pensée de Callicott dans Thinking Like a Planet, s’avère à cet égard éclairante, puisqu’elle acte la possibilité et la nécessité de réformer l’éthique environnementale en vue de surmonter une telle aporie tout en la mettant en crise comme jamais. Il s’agira alors de montrer en quel sens la pensée de Jonas nous fournit des éléments pour dépasser cette limite sans préjuger pour autant du caractère définitif de ce dépassement.

Ontologie de la vie et éthique de la responsabilité selon Hans Jonas, Paris, Vrin, 2013

La tâche que s’assigne Hans Jonas est double mais se résout dans une seule et même intuition. Il s’agit, d’une part, de montrer que l’ontologie trouve sa vérité à condition de surmonter le dualisme du sujet et de l’objet, et de se défaire définitivement du point de vue de la substance dont celui-ci procède. Il s’agit, d’autre part, de donner un fondement à l’éthique en échappant au risque de subjectivisme. Or c’est en méditant sur la finitude de la vie que l’on pourra, quasiment dans un même geste, non seulement penser authentiquement l’ouverture de l’homme à l’être mais également le devoir qui lui incombe à l’égard de la vie et des générations futures. L’ontologie de la vie est la condition d’une anthropologie qui apprend à l’homme ce qu’il est mais aussi ce qu’il doit faire. Pour mener à bien cette restitution de l’articulation entre l’ontologie et l’éthique de la vie, nous confrontons, sur tel ou tel aspect critique de son œuvre, la pensée de Jonas aux démarches de Spinoza, Uexküll, Varela, Heidegger, Ricoeur, Levinas et Habermas entre autres.